Une volatilité solide et régulière qui perdure sur le marché

Publié le 21.02.2022, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

À la veille d’un week-end de 3 jours aux États-Unis, Joe Biden, dans une allocation solennelle vendredi soir, a distillé des informations pour le moins anxiogènes concernant la situation en Ukraine.

Alors qu’en début de semaine, les médias internationaux rapportaient des retraits de troupes et que le président russe indiqué qu’une issue diplomatique était possible, c’est tout un virage dramatique auquel nous assistons depuis quelques jours.

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Le retrait de troupe s’est en fait transformé en un ajout supplémentaire de soldats. Et l’on prêterait aux Russes, de prétexter une attaque ukrainienne (dite sous fausse bannière, par des soldats russes donc) pour riposter et ainsi justifier une invasion russe. Un petit air de déjà-vu. En 1939, la propagande nazie avait simulé une attaque polonaise (en même temps que l’ultimatum allemand à la Pologne) sur un émetteur de radio allemand. Le lendemain, c’était le prétexte pour déclencher « la campagne de Pologne » et faire sombrer le monde dans le chaos. On s’entend que la situation n’est en rien comparable, mais l’argumentation fallacieuse est immuable.

La semaine passée les Américains parlaient d’une attaque probable, vendredi soir Joe Biden a fait part de sa conviction que la Russie envahirait l’Ukraine dans les prochains jours. Chars, avion de combat le tout précédé par une cyberattaque. La capitale Kiev serait prise. Dans le même temps la violation du cessez-le-feu entre les forces ukrainiennes et les sécessionnistes prorusses dans le Donbass, a été présenté par le Président Américain comme une « fausse justification » pour une guerre contre l’Ukraine. Pas les meilleures perspectives pour passer une fin de semaine sereine.

Malgré tout, le marché continue de n’y croire que modérément et semble toujours accorder davantage d’importance à la voie que suivra la FED en matière de politique monétaire.

Sur la semaine, le repli est de 1.6 % supplémentaire pour le S&P 500 et 1.8 % pour le Nasdaq. Traduisant le calme relatif sur les marchés, le Vix ne progresse que de 1.4 % sur la semaine. En Europe, c’est la stabilité qui état de vigueur sur la semaine. Depuis le début de l’année la surperformance européenne est de l’ordre de 2.5 % soit un repli de près de 6 % pour le Stoxx600 contre un 8.76 % de baisse pour le S&P500. On est encore loin du rattrapage tant annoncé en faveur de l’Europe.

 (©AFP)

Quant au taux, c’était la détente générale sur toute la courbe du 2 au 30 ans. Preuve supplémentaire que l’inquiétude géopolitique ne se matérialise pas. À noter tout de même que le 10 ans a dépassé le 2.05 % cette semaine pour finalement terminer à 1.928 %.

L’aplatissement de la courbe et son pouvoir prédictif de récession n’était pas le sujet cette semaine (et il ne faut pas sous-estimer l’impact des flux d’investisseurs étrangers sur le 10 ans qui peut altérer la représentativité réelle de la courbe), puisqu’on attendait patiemment les minutes de la FED.

Allions-nous avoir de la matière pour ancrer les convictions de hausses ? Et bien finalement, c’est un ton plutôt ‘colombe’ qui émanait des minutes. On y apprenait sans surprise que le début du resserrement monétaire était pour « bientôt » (ça, c'est de la grosse nouvelle) et que la réduction du bilan serait menée conjointement. Alors qu’il est de bon ton d’anticiper une hausse de 50 pb (qui va oser la surenchère à 75 pb qui ?) il n’y avait finalement dans ses minutes aucune intention explicite d’une réponse d’une grande ampleur. Il n’y avait donc finalement aucun élément qui ne pouvait apporter de la matière pour justifier les inquiétudes que le marché se fixe désormais avec beaucoup de conviction.

Donc finalement ‘déçu’ de ne pas trouver d’inquiétudes supplémentaires, le marché action et les taux se sont détendus. Pour rappel, le marché table sur 5 à 6 hausses de taux cette année, dont une hausse de 50 pb.

À date, que ce soient les minutes, ou les officiels, le discours de la FED est largement plus accommodant. Ce qui forcément inquiète (encore) tous ceux qui pensent que la FED est en retard dans son cycle de resserrement, et qui craignent donc une surréaction quand elle s’en apercevra.

Mais ça semble cependant bien énerver l’ancienne présidente de la FED, l’actuelle secrétaire au Trésor, Janet Yellen, qui déclarait qu’il n’est pas « tolérable (que l’inflation) reste aux niveaux actuels ». Si l’on peut admettre que désormais Madame Yellen à une vision plus politique des choses (on sent la pression qui monte dans le camp démocrate à l’approche des élections de mi-mandat sur la problématique de l’inflation.), on peut lui reprocher le manque d’objectivité du propos.

Equipe Biden : Janet Yellen, une « colombe » à la tête du Trésor américain

Une inflation « intenable » aurait envoyé le même message, mais sans la subjectivité insinuée par l’utilisation de « tolérable ». Quelque chose n’est pas tolérable parce que l’action qui a conduit à ce que la conséquence ne soit pas tolérable, a été faite à dessein. En l’espèce, la cause du niveau de l’inflation (une demande forte couplée à des problèmes de la chaîne d’approvisionnement) ce n’est pas non plus un choix délibéré de la FED de ne pas agir ou d’agir volontairement en retard !

Enfin, bref si on en est rendu à faire, encore une fois de la sémantique, c’est que décidément sur les marchés, il ne s’est pas passé grand-chose.

Bonne semaine.

Publié le 21.02.2022, par :
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Olivier Armangau
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