Tous pour un, un pour tous !

Publié le 07.03.2022, par :
O A
Olivier Armangau

Chaque semaine, Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Rien ne change. Le pétrole au-delà des USD 100 et le monde financier vole de prédiction, en certitude, avec un baril à USD 200.

En novembre le bitcoin à 65 000 et là encore pléthores d’études et de prévisions à 100 000, voire le million.

La hausse des taux, il y a 10 jours, c’était ‘certain’ 6, voire 7 hausses des taux… Et il y a 2 jours, l’ami Powell revêt son costume (habituel, oui habituel) de colombe et hop on oublie tout.

Tesla (Oui, j’avais dit il y a 4 mois que je n’en parlerai plus, mais là… c’est différent ;)) une fois franchit les USD 1000, c'était la ligne droite assurée vers les 2000.

Bref cette semaine sur le pétrole le biais de confirmation a fonctionné à plein régime. La moindre nouvelle venant systématiquement confirmer la conviction que le pétrole ne redescendra plus jamais. Encore une semaine et on verra une étude avec un pétrole à 500.

On notera que lors de chacun de ces événements, on nous prévient que cette fois… C’est différent. Et comme le pétrole flambe et que son impact inflationniste est indéniable, on nous ressort donc du chapeau la stagflation ! Le retour de l’inflation sans croissance, et naturellement l’aplatissement de la courbe des taux alimente l’argumentaire.

C’est fou comme tout est toujours tellement simple, et comme finalement… Rien** ne se passe jamais ou presque comme prévu**. Mais ce n’est pas grave, on continue d’y aller avec nos convictions…
Pendant ce temps, la communauté internationale continue son travail de sape de l’économie russe et plus largement de tout ce qui est Russe (même les actions russes seront retirées des indices MSCI et FTSE Russel.) Et force est de constater que ça fonctionne !

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Même Moody’s et Fitch ont dégradé la note de crédit de la Russie de 6 crans (n’y voyons aucun sarcasme, aucun…)
Désormais, c’est du ‘junk’, mais c’est vraisemblablement vers le défaut que l’on s’achemine. Le CDS 5 ans atteint bien évidemment des niveaux records et ‘price’ une probabilité de défaut supérieure à 65 %, selon Bloomberg.

La crise de liquidité qui frappe la Russie est d’autant plus délicate que la banque centrale ne pourra pas remplir son rôle de prêteur en dernier ressort pour les banques russes qui sont désormais exclues des financements interbancaires. En effet, certaines réserves de la banque centrale russe ont elles aussi été gelées de facto par les mesures prises lundi par le G7.

Impossible par exemple pour la banque centrale russe de convertir ses devises étrangères, de transiger avec ses obligations étrangères. Par contre une partie des 640 milliards de ses réserves (Source : Bloomberg) sont évidemment en rouble, mais aussi en or et en yuan chinois.

Quoi qu'il en soit, ce n'est qu’une question de temps avant d’assister à des ‘bank run’, des défauts d’entreprises généralisés et le chaos dans la société civile. Et c’est peut-être de là que viendra la vraie pression sur Poutine. Une révolution intérieure.

Conséquences ou pas des sanctions économiques, de la résistance ukrainiennes, du front commun inédit de ‘l’occident’, le président russe a eu des échanges cette semaine avec ses homologues allemands et français. Si la rhétorique surréaliste d’une « dématérialisation obligatoire » de l’Ukraine, d’une « dénazification » ainsi que la reconnaissance de l’annexion de la Crimée et de la souveraineté des anciens états séparatistes de l’Est ukrainien sont des conditions non-négociables mises en avant systématiquement par la Russie pour amorcer des négociations, la posture russe est légèrement moins conquérante.

Qu’en pense le marché ? Il est cette semaine un peu plus inquiet. En Europe, les replis moyens sont de l’ordre de 7 %. L’Asie éloignée géographiquement et moins impactée économiquement affiche des replis modestes de 2 %. Quant au S&P 500, s’il ne recule que de seulement 1.27 %, sa volatilité envoie un message plus mesuré. Ainsi, le VIX continue sa progression régulière et s’affiche en hausse de 15 % sur la semaine à 31.98 (après un plus haut à 34.65 dans la journée). Les chiffres de l’emploi aux États-Unis, plutôt loin de valider le scénario récessif, ont été la seule bonne journée de la semaine, avec un taux de chômage à 3.8 % pour février et 678 000 créations d’emplois. Le taux de participation est stable à 62.3 %, mais c’est surtout le salaire horaire moyen stable sur un mois qui est une bonne nouvelle sur le front de l’inflation.

Sur les taux, aux États-Unis toujours, détente importante du 5 ans et du 10 ans, mais pas du 2 ans. L’incertitude sur l’issue du conflit en Ukraine et les propos de J Powell complique les anticipations du marché et semble contribuer à l’aplatissement de la courbe des taux.

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Le 10 ans allemand consécutivement au stress important subi par le marché action sur la semaine, est repassé en territoire négatif. Il ‘terminait’ vendredi à -0.068 %. Au Canada, la banque centrale ‘sans surprise’ annonçait sa 1re hausse des taux pour tenter d’endiguer ce mal inflationniste. Si le conflit en Ukraine a été évoqué par le gouverneur de la Banque du Canada, ce n’est pas pour, déjà, prévenir le marché d’une éventuelle complaisance (à laquelle il est habitué partout sur la planète) mais plutôt pour soulever l’augmentation des risques inflationnistes que cela fait peser sur les prix de l’énergie et des produits de base alimentaires.

Intéressant de noter cependant que pour le marché, la perception est un peu différente : la crise ukrainienne se traduit… Par des attentes désormais plus faibles quant au rythme de hausse des taux !

Le put des banques centrales a-t-il vraiment disparu dans la perception des intervenants ?

Mais cette fois, c’est différent…

Bonne semaine

Publié le 07.03.2022, par :
O A
Olivier Armangau
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