Powell président de la Fed, nouveau variant du Covid Omicron et autres actualités qui ont impactaient le marché

Publié le 29.11.2021, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Finalement c’est Powell qui a été confirmé au poste de président des gouverneurs de la FED. On nous a expliqué que c’était mieux ainsi et que même si Brainard était jugée comme plus ‘dovish’, la continuité dans l’action (oui on a le droit de rire…) c’est plus rassurant pour le marché que la nouveauté, même si elle était supposée plus conciliante. Et donc la hausse des taux enregistrée en début de semaine, jusqu’à jeudi (parce que donc l’ami Powell, alias Dupont, allait pouvoir ENFIN tenter une amorce timide de normalisation) était logique. Je l’ai déjà dit une fois, mais c’est toujours comique d’affirmer qu’une chose est logique une fois quelle a été constatée…, mais arrêtons ici cette digression de trop. Donc les taux montaient, mais surtout après les minutes de la FED car n’oublions pas que dans les instants qui ont suivi la confirmation de Powell le marché montait et les taux baissaient…

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Il n’échappera à personne que si Brainard avait été nommée, les mêmes intervenants nous auraient vanté l’approche plus ‘colombe’ de la démocrate. Alors qu’évidemment la politique monétaire aurait été parfaitement similaire. En somme pour cet événement comme pour tous les précédents, peu importe l’issue, la conclusion pour les marchés reste toujours la même : Il n’y a aucun obstacle à sa progression.

Sauf que, cette semaine, les choses ont été un tout petit peu différentes.

Finalement, alors que l’inflation n’en finissait plus de préoccuper les intervenants (faut-il le souligner, c’est une préoccupation qui était surtout sémantique car les marchés continuaient quand même leur ligne droite vers le ciel), voilà que le nouveau variant Omicron découvert en Afrique du Sud, va non seulement ravir l’ensemble de la planète médiatique (celle qui se gargarise de mettre en exergue le catastrophisme, et qui érige le misérabilisme en qualité journalistique) mais aussi tous nos camarades des banques centrales. Car tout à coup, on sort les effaceurs, les gommes, et les chapeaux de magiciens, et abracadabra… pouf… la préoccupation majeure disparait.

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Les taux se sont effondrés, la tragi-comédie sur la chaine d’approvisionnement, on n’en parle plus et l’inflation salariale c’est de l’histoire ancienne. Les titres technologiques typés Covid sont repartis à la hausse (dans un marché baissier), et les croisiéristes et les compagnies aériennes se sont effondrées. Moderna a pris 20%, alors que d’après les premiers rapports l’efficacité vaccinale est encore à démontrer sur ce nouveau variant. Le Vix montait de 54%, le pétrole baissait de 10%. En conclusion, comme toujours on réagit avec une grande maitrise, et on se transforme tous en épidémiologiste, infectiologue et virologiste. La dernière fois que l’OMS s’est dite préoccupée par un variant, c’était pour le Delta. L’émotion ne fut pas aussi vive.

A ce rythme dans 2 jours l’ami Powell nous dira que finalement on va ralentir le tapering car les incertitudes que posent le variant Omicron sont trop nombreuses, et dans 4 jours on va nous sortir un nouveau plan de relance. Ce qui est drôle, c'est que Yanet Yellen nous disait cette semaine qu’elle voyait une forte poussée de croissance. Ah, et aussi les inscriptions hebdomadaires au chômage sont sorties au plus bas depuis 51 ans.

Mais ça c’était avant le nouveau variant. En quelques heures tout devient noir, et si l’Allemagne nous annonce un confinement à l’autrichienne, on aura l’impression de rejouer la scène.

Assurément avec un niveau de valorisation qui actualise la perfection ou presque, on devrait objectivement avoir quelques préoccupations sur le marché si le contexte venait à se dégrader.

La FED et la BCE sont prisonnières de l’addiction qu’elles ont développé au fils des années. Le ‘court termisme’ (aller, inventons des mots tiens !) qui les caractérise depuis des années, se traduit inévitablement par des attentes totalement indécentes de la part des intervenants qui aiment à se présenter comme la quintessence du capitalisme.

Donc une fois encore, c'est la capacité des banques centrales de répondre aux attentes du marché qui dictera la tendance et pas nécessairement la situation sanitaire. D’autant plus que nous avons un historique de connaissance et d’apprentissage qui devrait nous permettre d’appréhender ce nouveau variant avec un peu plus de rationalité.

Et pendant ce temps, en toute tranquillité, la Russie accentue la pression sur l’Ukraine.

Selon les services de renseignement militaire ukrainien, la Russie aurait mobilisé plus de 90 000 soldats à la frontière. Le secrétaire général de l’OTAN, dans son rôle, bombait le torse indiquant qu’une agression russe aurait des conséquences. Si le sujet n’était pas aussi sérieux on en poufferait de rire. Évidemment, après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 il n’y a eu aucune conséquence pour la Russie. Il ne faut pas s’attendre à des réactions, hormis la rhétorique diplomatique et des sanctions économiques sans effet, qui ne viseront qu’à essayer de garder la face. Et c’est bien là tout le drame de nos organisations dans le contexte militaire actuel.

Si l’on veut préserver la paix, il faut accepter de se faire ridiculiser. Poutine est passé maitre en la matière.

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Dans un registre similaire, les États-Unis testent la Chine sur Taïwan, avec une seconde visite en un mois de parlementaires américains à Taïwan. Visite que les chinois considèrent comme du soutien aux ‘indépendantistes taïwanais’. Rappelons que la Chine menace d’utiliser la force en cas de déclaration d’indépendance. Mais encore une fois, c’est de la rhétorique. Peut-on sérieusement imaginer une administration Biden recourir à la force pour soutenir son allié taïwanais face à la Chine ? Nous vivons une autre époque.

Le poids de la géopolitique dans le risque systématique n’est plus ce qu’il était. Non pas que les sujets soient moins sensibles, mais leurs contextes et leurs conséquences sont devenus beaucoup plus prévisibles ou au moins acceptables.

Mais qu’est-ce qui arrêtera ce marché ?

Publié le 29.11.2021, par :
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