Le père et la mère Noel déguisés en banquier central ?

Publié le 13.12.2021, par :

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Le père et la mère Noel déguisés en banquier central ?

Il n’a pas fallu bien longtemps, moins d’une semaine, pour atteindre de nouveau « plus haut ». Alors qu’en fin de semaine dernière, les cassandres étaient toutes de sorties et que les mouvements d’air dues aux retournements de vestes étaient tellement puissants qu’ils auraient pu alimenter des éoliennes durant 6 mois, nous voilà donc en fin de semaine dernière avec des plus hauts historiques ! Encore…
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On s’affolait donc en fin de semaine sur des créations d’emplois en dessous des attentes. C’est toujours assez saisissant de voir que l’on considère toujours que l’analyste a forcément LA vérité et que donc si les chiffres sont ‘meilleurs’ que prévus par le consensus c’est une bonne nouvelle. Alors qu’un peu de subjectivité dans nos jugements pourrait aussi considérer que c’est simplement la prévision qui n’était pas bonne… Allez allez, on ne va pas jouer au Grinch.

Donc, vendredi, c’était la fin du monde, l’ami ‘J’ avait foutu la trouille à tout le monde avec son tapering accéléré, son petit numéro de claquettes sur l’inflation inquiétait. l’Omicron, c’était sûr, allait tout emporter sur son passage. Les taux montaient un peu et aller faire mourir tous les titres de la technos, parce que tout à coup des titres valorisés entre 50 et 500 fois les bénéfices (justement pour des anticipations de croissance phénoménales) allaient sombrer à cause d’une hausse des taux…C’est formidable. Mais le plus formidable, c’est que les taux… Ont fortement reculer… Ben oui puisque lorsque c’est la fin du monde financier, on achète des obligations et donc les taux baisses. Pour résumer, on panique parce que les taux vont monter, donc on vend le marché (jusque-là, c’est normal.) et puis finalement, quelques instants plus tard, parce que le marché baisse, on achète les obligations et les taux baissent…Et parce que les taux baissent le marché remonte. Et boooom plus haut historique vendredi !

Et enregistrer un plus haut historique sur le S&P 500 avec en même temps un indice des prix à la consommation aux États-Unis en hausse de 6.8% sur un an (le niveau le plus élevé depuis 1982). c’est un beau témoignage de la confiance du marché. De façon assez paradoxale (ou pour préparer le prochain retournement de veste) quelques commentaires de marché font état d’une certaine prudence des intervenants à la veille de la réunion de la Fed. Rien de neuf sous le soleil. C’est la même rhétorique chaque veille de réunion. À noter cependant que le S&P a été tiré par Apple qui connaît une semaine folle en hausse de près de 11%. Apple qui d’après la presse japonaise enregistre des baisses de productions telles sur les nouveaux modèles d’iPhone que ses objectifs auraient été manqués de 20%. Sur l’année, la pénurie de composant serait responsable d’une baisse de production de 15 millions d’iPhone.

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Ah oui et j’avais oublié Evergrande qu’on nous ressortait de la liste à faire frémir. Le promoteur a gentiment averti ses créanciers d’un possible défaut sur USD 260 millions. Noooooon !

Mais la Chine ne fait pas exception à la règle : un nuage économique, c’est une opportunité de soutien. Ainsi, la banque centrale chinoise a de nouveau annoncé une réduction des réserves obligatoires. Bien sur ce n’est pas pour soutenir le secteur immobilier...

En réduisant les exigences réglementaires sur les réserves bancaires, la banque centrale injecte ainsi indirectement de la liquidité dans l’économie en permettant davantage de prêts de la part des établissements concernés. On se rappellera que l’économie est la priorité absolue pour le président chinois.

La croissance économique est le ciment nécessaire à l’équilibre social chinois. Ce qui par ailleurs est un élément de soutien aussi pour la croissance économique mondiale.

Dans la série des choses marrantes, on ne peut pas passer à côté du bitcoin.
On peut lire et entendre un peu de tout sur le bitcoin pour justifier, après coup, ses variations. Donc d’actif valeur refuge anti-inflationniste pour justifier sa forte hausse d’il y quelques semaines (quand on assimilait que l’inflation n’avait de transitoire que le statut qu’on se complaisait à lui donner), il est passé à actif ‘mature’ qui subit ‘logiquement’ (vous vous rappelez ce que je disais dans le 1er mémo ?) une prise de profit en ligne avec le marché, nous dit-on.
C’était avant le flash crash de 21% de samedi dernier sur lequel il ne semble pas y avoir d’explication consensuelle.

https://img.phonandroid.com/2021/11/bitcoin-perd-mot-passe-wallet.jpg

En tout cas pas de quoi inquiéter les spécialistes qui rappellent que des variations de 20 à 30% sont inhérentes à la crypto devise. Le seuil ‘technique’ des USD 60 000 est également un argument pour justifier la difficulté d’évolution du BTC.

Donc, comme depuis des années, maintenant, tout va bien dans le meilleur des mondes. Et encore, on n’a pas eu les 2 dernières réunions de l’année de la FED et de la BCE. Puisque désormais l’accélération du tapering et les hausses des taux sont dans les cours (une façon toujours très confortable d’affirmer une situation s’en prendre la peine de l’analyser) on voit mal ce qui pourrait venir gâcher la fête.
On imagine mal Powell déraper lors de la conférence de presse. Il faut s’attendre à un message rassurant sur la vigueur économique, mais pas trop pour ne pas alarmer sur l’inflation. Un message prudent sur la situation de l’emploi, pour rassurer quant aux rythmes de hausse des taux, et bien entendu continuer de faire preuve de prudence face aux variants pour assurer le marché que le put perpétuel est toujours bien présent.

Du coté de la BCE si l’on se fie à son vice-président, qui prépare le terrain pour la réunion de jeudi, l’inflation va refluer en 2022. Il indique même que la BCE en est convaincue. En même temps, il indique que la cible d’inflation de 2% sera plus longue à atteindre que précédemment anticipé, et rassure en indiquant qu’il n’y a pas de preuve d’inflation salariale. Après avoir annoncé il y a 10 jours que la BCE avait sous-estimé l’inflation (ce qui, en passant, renseigne quand même sur la complexité de la prévision), il apporte un peu de nuance. Donc on l’aura compris, la BCE va donc nous servir ce que le marché veut entendre : l’inflation n’entravera pas le soutien, et le risque modéré qu’elle représente se dissipera dans l’année qui vient…

Bonne semaine

Publié le 13.12.2021, par :
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