La semaine des présidents des Fed(s) régionales

Publié le 14.02.2022, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Après la surenchère des économistes, stratèges et autre ‘fedwatcher’ sur le nombre de hausses de taux qu’effectuera la FED cette année et en 2023, c’est James Bullard (président de la Fed de St Louis), l’inflation qui continue d’accélérer aux États-Unis (7.5% sur un an en janvier) et les bruits de bottes à la frontière Ukrainienne qui animaient les marchés.

C’est le conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, Jake Sullivan, qui a brusquement fait ressurgir l’impensable. Un conflit armé en Europe, avec raid aérien russe sur Kiev et tir de missile !

C’est un peu comme si d’un coup, on réalisait que finalement les gesticulations russes pouvaient avoir des conséquences dramatiques. Le paroxysme du populisme. La fuite en avant, l’égocentrisme exacerbé, le nationalisme décomplexé. Si c’est tout ce que nous avons retenu des 80 dernières années ce n’est pas 4, 5 ou 10 hausses des taux qui doivent nous inquiéter.

Les développements récents ne devraient pas être une surprise. Après tout, il y a eu la Crimée et depuis des mois, on parle de cette invasion. Mais au fonds, personne n’y croyait. On nous ‘expliquait’ que les relations sino-russes étant excellentes, la Russie n’oserait pas envahir l’Ukraine avant la fin des jeux. On débâtait sur les plateaux télé comme pour un jeu de stratégie. Mais aujourd’hui, c’était un peu comme si on réalisait que finalement l’intimidation russe à de grandes chances de se transformer en passage à l’acte d’ampleur. La prise de conscience d’une possible ‘vrai’ guerre conventionnelle avec la Russie, démontre une fois encore la fragilité de l’ordre international que l’on pense inébranlable.

Si comme l’indique Monsieur Sullivan, la disposition des forces russes autour de la frontière ukrainienne (images satellites de missiles et d’artillerie lourde) suggère une attaque massive et imminente à tout moment, ce sont de 25 à 50 000 pertes civiles qui seraient déplorées. Comment imaginer que des sanctions économiques et financières seraient une réponse ‘appropriés’ à un tel drame ? Et dans ce cas, quelle serait la réaction de l’OTAN, et des pays Baltes ? En attendant, la banque centrale russe qui semble parier sur des sanctions économiques a augmenté ses taux (à 9.5%) afin de lutter contre une inflation qui pourrait être beaucoup plus forte (8.7% en janvier) si le rouble venait à s’affaiblir de nouveau consécutivement aux sanctions que prendrait la communauté internationale.

Si la tension était palpable sur les marchés, le repli est malgré tout mesuré face à un tel enjeu (S&P 500 -1.90%, Nasdaq -2.78%). Pour les opérateurs de marché, le sujet principal reste l’inflation et la réaction de la FED, cette semaine par la voix de certains de ses présidents régionaux.

Alors que les marchés s’étaient bien repris et que l’on pouvait lire et entendre ici et là que ‘les mauvaises nouvelles étaient déjà dans les cours, justifiant ainsi le rebond (d’ailleurs si après 1 ou 2 semaines de ‘mauvaises nouvelles’ les marchés reviennent ou ils étaient avant les ‘mauvaises nouvelles’ c’est que finalement elles n’étaient pas si ‘mauvaises’ que ça les nouvelles initiales) enfin bref, les marchés avaient repris de la hauteur, la digestion des hausses des taux étaient presu!

D’abord, nous avons eu Raphael Bostic, président de la Fed d’Atlanta, membre non-votant du FOMC cette année, qui s’est voulu rassurant sur le rythme de hausse des taux.

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Il a indiqué qu’il anticipait 3, voire 4 hausses des taux cette année (le consensus table désormais sur 6), tout en indiquant…que toute les options étaient sur la table quand il s’agissait de lutter contre l’inflation ! (ceinture / bretelle) ça n’éclairera pas grand monde !

Dans la même entrevue sur CNBC il a également indiqué qu’il avait bon espoir que l’inflation décline, mais qu’il fallait aussi accentuer la réduction du bilan de la FED. Bref, on avait un peu tous les éléments pour satisfaire les faucons et les colombes.

On se rappellera que Bostic avait aussi déclaré au Financial Times que la première hausse des taux pourrait être de 50 points de base. Dans son entrevue sur CNBC il a considéré un 25 points de base… Si Bostic donc ne pouvait apporter de grands éclairages, James Bullard, membre votant du FOMC cette année, et faucon assumé, s’est fait plaisir !

James Bullard Wants A Promotion - Dealbreaker

Il a déclaré qu’il était devenu ‘dramatiquement’ plus faucon à la lumière des données d’inflation, les plus élevés depuis 40 ans. Et au cas où nous n’aurions pas bien compris sa pensée, il a indiqué qu’il souhaitait 1 point de pourcentage de hausse de taux d’ici les 3 prochains FOMC de la FED !

Alors 1% divisé par 3 ça nous fait donc une hausse de 0.50 et 2 de 0.25. Les marchés qui s’étaient plutôt bien repris depuis 10 jours ont fait montre de volatilité.

La modération portée par Mary Daly (Fed de San Francisco) et Thomas Barkin (Fed de Richmond)) tous deux non-votant en 2022, a eu à peu près autant d’effet sur les anticipations du marché qu’auraient pu avoir des justifications données par un conducteur pris en excès de vitesse à 200 km/h en ville à un policier : aucun !

Si les taux se sont un peu détendus vendredi (le 10 ans qui a dépassé les 2% cette semaine a terminé légèrement sous les 1.95) c’est simplement par le réflexe de fuite vers la qualité consécutivement au stress sur la situation ukrainienne.

Bonne semaine.

Publié le 14.02.2022, par :
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Olivier Armangau
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