la FED et Omicron entraine une baisse des marchés

Publié le 05.12.2021, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Le mémo de la semaine précédente se terminait en se demandant ce qui pourrait bien arrêter le marché. Cette question provocatrice et avec une once de sarcasme n’appelait pas forcément une réponse et voulait surtout montrer que l’aléa moral dans lequel on se complaît depuis des années, le put perpétuel de la FED, le verre toujours à moitié plein, ou le fameux concept des ‘goldilocks’ ne cesserait jamais.

Et comme à la question, « à qui profite le crime », (le crime étant donc, l’absence de normalisation monétaire) on peut répondre « à tout le monde », ma question de la semaine passée avait vocation à rester ouverte… Indéfiniment ou presque.

Mais finalement, peut-être que c’est le meilleur ami des marché, la Fed, qui pourrait gripper (un peu) la machine. L’institution donnant l’impression, tout à coup de se draper de vertu monétaire.

Comme quoi il ne faut jamais désespérer. Ne nous emballons pas non plus.

Donc, mardi, lors de son audition devant le Sénat américain, Jérôme Powell a concédé, que l’inflation pouvait s’affranchir du qualificatif ‘transitoire’. La dernière réunion de l’année, dans 2 semaines, pourrait avoir une saveur bien différente de toutes celles, ultras complaisantes, auxquelles nous avons été habitués, depuis des années. Aussitôt, l’ensemble de la communauté financière qui savait elle, évidemment, que l’inflation n’était pas transitoire, et ce, depuis des mois, saluait ce retour à la raison du président de la Fed. C’est quand même toujours aussi intéressant de constater à quel point l’être humain a cette capacité fabuleuse de s’approprier des pensées, des idées, une fois quelles sont validées et démontrées. Bon…

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En grande forme donc, l’ami Powell, qui nous avait habitué à se précipiter au chevet du marché dès que celui-ci manifestait le moindre accès de faiblesse, à laisser entendre que dans 2 semaines le calendrier du ‘tapering’ allait être étudié (traduction : on va accélérer la réduction du programme d’achat d’actifs), et finalement que la suite logique, la hausse des taux, était inéluctable (ce n’est pas nouveau) mais peut être supérieure aux anticipations.

De plus, contrairement à l’habitude, les incertitudes économiques que pourraient faire peser le variant Omicron, n’ont pas été mises en avant pour justifier un prolongement de la complaisance. C’est dire à quel point la situation de l’inflation devient la priorité désormais assumée de la FED.
Certes lors de son audition le deuxième jour, et conscient des conséquences de ce mot de la veille sur le marché, Monsieur Powell s’est voulu plus rassurant notamment sur l’inflation salariale, qui serait suffisamment mesurée pour ne pas peser sur l’inflation. On veut bien le croire sur parole, mais cela relève davantage du vœu pieu que de la réalité sociale avec des revendications salariales exacerbé par non seulement l’inflation, mais aussi par la profitabilité des entreprises.

On ajoute à cela les ‘inconnus’ entourant le nouveau variant, et nous avions des éléments ‘justificatifs’ pour une baisse de marché. Sur le variant Omicron, on relèvera la différence d’approche entre les fabricants des vaccins à ARN messager et les autres. Ainsi le patron de Moderna, tout en indiquant que les informations n’étaient pas suffisantes, faisait part de ses inquiétudes sur la capacité du vaccin actuel, mais rassurez disant que la conception du vaccin est optimale pour justement s’adapter au nouveau variant, en préparant une adaptation. En gros il était à la fois confiant sur la capacité de son groupe à adapter son vaccin et à la fois suffisant alarmiste pour que, bien entendu, les États passe des commandes du nouveau ‘booster’ convaincus que le nouveau vaccin Moderna serait l’arme idéale. Le patron de Pfizer, lui aussi sur CNBC, faisait des commentaires identiques. Bien entendu Astra Zeneca (via l’université d’Oxford) disait qu’au contraire, il n’y avait pas d’élément suffisant pour indiquer que son vaccin (qui n’est pas un ARN messager et dont l’adaptation au nouveau variant est moins ‘facile’ si besoin était) ne serait pas efficace contre le variant Omicron. Pas folle la guêpe !

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Et l’agence européenne des médicaments, par la voix de sa directrice, abondait dans le même sens, relevant que les vaccins continuaient d’offrir de la protection. On serait tenté de dire, ÉVIDEMMENT !! On dira plus simplement que tous les acteurs étaient donc dans leur rôle.

L’enseignement de la semaine, c’était quand même un peu comme si le marché avait été frappé d’amnésie et découvrait tout à coup que le conte de fée de l’inflation pouvait avoir un terme, et qu’un variant de la Covid pouvait générer de l’incertitude. Bref une impression de déjà vu, avec des mêmes réflexes de quasi-panique (nouvelles séances de hausse importantes du VIX quand le marché a constaté le 1er cas d’Omicron aux États-Unis).

En conclusion, sans recul nécessaire, la réflexion la plus simple pour le marché, c’était comme toujours en pareille situation, d’appuyer sur la touche vente. Et bien sûr comme tout à coup, on considère que la valorisation du marché nécessitait une prise de profit ‘logique ’, c’est ce qui s’est passé. Réduction des achats d’actifs plus importantes que prévue, anticipations des hausses des taux, incertitudes feintes et réelles sur l’Omicron, ont donc pesé sur le marché actions, et dans un premier temps (mardi lors de l’annonce de Powell) le 10 ans américains s’est légèrement apprécié.

Maintenant que le chef a dit qu’on pouvait enlever ‘transitoire’, on va se mettre à parier sur le prochain mot qui va qualifier le mieux l’inflation. Mais avant ça, il va être particulièrement intéressant de voir comment va réagir la BCE. Madame Lagarde s’évertuait encore à dire la semaine passée que les éléments consécutifs à la covid étaient responsables de cet aspect transitoire de l’inflation.

Le numéro d’équilibriste qu’elle va devoir mener pour ne pas désavouer la BCE, ou pour montrer une certaine indépendance vis-à-vis de la FED, sera assurément un moment intéressant.

Publié le 05.12.2021, par :
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