L'actualité des marchés financiers : l'inflation et ses conséquences sur l'investissement

Publié le 03.11.2021, par :

Chaque semaine Olivier Armagau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Cette semaine, on ne parle que de ça !

Pas des mille milliards de capitalisation de Tesla à la suite de l’annonce par le loueur Hertz, le miraculé sorti de la faillite en juin 2021, de l’achat de 100 000 malheureuses voitures (en supposant qu’ils puissent les régler).

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Pas, non plus du lancement du BITO, le fameux 1er ETF aux États-Unis qui est censé répliquer le cours du Bitcoin. Pourquoi ‘censé’? Parce que pour procéder, ProShares, le manufacturier de cet ETF a choisi d’acheter des futures et pas des bitcoins physiques. Sans trop rentrer dans le détail, les futures arrivent à échéance chaque mois. Il faut alors acheter le future du ou des mois suivant. Parce que les futures sont en règle générale en ‘contango’ le prix du future du mois suivant et plus élevé que celui du mois courant (pour tenir compte par exemple des frais de stockage). Donc le promoteur doit vendre des futures tout au long du moins courant pour en acheter plus cher, sur le mois suivant, de sorte que lorsqu’il arrive à la fin du mois il se réouvre avec une position à 100% en future du mois suivant (devenu mois courant) et d’autre échéance… Bref pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ! Faisons l’histoire courte, la réplication n’est pas optimale et/ou elle est difficile. Un des meilleurs exemples est celui des ETF de volatilité. L’idée est séduisante, mais la réalisation n’apporte que des déceptions.

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On pourrait aussi parler de la décision courageuse de la banque centrale du Canada de stopper l’assouplissement quantitatif. Ce n’est même pas ça, et pourtant, c'est une bombe pour les actifs et ça permet ‘logiquement’ (on peut s’interroger sur la pertinence sémantique quand on l’associe au marché financier, mais c’est un autre sujet… enfin pas tant que ça comme on va le voir plus loin) au dollar canadien de s’apprécier par rapport au dollar américain.

Quand on dit que tout le monde ne parle que ça, cela signifie que le sujet intéresse aussi bien les médias financiers que les médias traditionnels.
OUI ! C’est de l’inflation dont il s’agit. On ne traitera pas ici son impact sur le prix de votre panier d’épicerie ni sur les biens de services qui, sans état d’âme n’hésite pas à mettre en avant la perturbation de la chaine d’approvisionnement pour justifier des hausses de tarifs tous azimuts.

Non, nous abordons le sujet du point de vue du marché. Et là c’est beaucoup plus singulier. Tout d’abord rappelons un principe simple : Pour qu’une transaction s’effectue il faut nécessairement un vendeur et un acheteur… Effectivement on défonce une porte ouverte. Mais ce qui est intéressant, c'est que cela signifie qu’à chaque transaction entre 2 PROFESSIONNELS DE MARCHÉ, il y a 2 avis RADICALEMENT différents sur un sujet commun. En effet, entre acheter ou vendre on peut dire que c’est quand même deux objectifs différents. Bref, tout ça pour dire que l’inflation comme tout le reste sur le marché, c’est un sujet sur lequel il y a obligatoirement des avis divergents.
L’idée ici est simplement de mettre des éléments en contexte pour appréhender l’inflation et, surtout, ses conséquences dans une optique d’investissement.
A l’époque ou l’actuelle secrétaire au trésor, Madame Yellen, était la présidente de la FED, l’inflation était déjà un sujet. C’en était d’ailleurs un aussi pour Monsieur Draghi alors à la tête de la BCE. L’inflation était à ce point basse et surtout les causes de celle-ci étaient à ce point délicates à définir que Madame Yellen qualifiait alors de mystère le bas niveau d’inflation. On parlait bien de la globalisation de l’économie et des services, de la flexibilité du marché du travail, de la faiblesse des investissements des entreprises, pour essayer de la justifier.

Puis au détour d’une pandémie mondiale elle a resurgi. Selon les pays elle est plus haut depuis 25 30 ans. Et pourtant il ne se passe strictement rien sur les taux. Et c’Est ici que la sémantique prend encore tout son sens.
Donc petit retour en arrière : La pandémie arrive, les capacités de production manufacturière s’arrête de tourner pendant de très nombreux mois, les taux de croissance s’effondrent, la consommation des ménages aussi (une certaine partie de cette consommation), les investissements des entreprises également, les taux de chômage atteignent des sommets.

Les États n’ont d’autre choix (comme s’il fallait les forcer) que de faire de la relance budgétaire en multipliant les prêts, les bonifications, les aides, les subventions, etc. L’équilibre budgétaire redevient une bonne blague dans les dîners en ville (enfin normalement à cette époque-là on ne pouvait pas sortir dîner non ?)
Rapidement la demande des ménages se reprend (grâce au soutien généreux des États) et se réoriente vers les produits de consommation, mais aussi vers les maisons (taux hypothécaires bas, généralisation du travail à distance). Mais l’outil de production lui reste soit à l’arrêt du fait des mesures sanitaires, soit très en déca du niveau habituel. Si les stocks permettent de compenser dans un premier temps, ces perturbations dans les chaines de production ET dans les chaines de distributions (multiplication par une moyenne de 8 des prix de transport de conteneur) ont entrainé, pour ajuster l’offre à la demande des hausses de prix généralisé. La FED nous indiquait que cette inflation était transitoire et qu’il ne servait donc à rien de mettre en place des mesures (puisque leurs effets n’interviendraient trop tard). Finalement avec des niveaux de croissance élevée et des revendications salariales de plus en plus nombreuses (pour compenser… l'inflation) il apparait pour une majorité d’économiste (les mêmes qui donc, pensaient qu’elle serait transitoire) qu’on se retrouve dans un transitoire qui dure. Pourquoi cette notion de transitoire est si importante ? Tout simplement parce qu’elle permet à la FED (et à la BCE) de rester extraordinairement complaisant en matière de taux d’intérêt.
On notera d’ailleurs que la FED a encore indiqué la semaine passée, que le niveau d’emploi justifiait encore une politique monétaire accommodante… Qu’on se le dise, on a beau agiter l’épouvantail de la hausse des taux, si un jour elle intervient elle sera tellement anticipée mais surtout tellement minime que ce sera un parfait non-évènement.
Avant d’augmenter les taux, il faudra d’abord arrêter les achats obligataires mensuels (au grand dam des gérants obligataires). Ici encore la terminologie dans le langage ‘banques centrales’ est différente. Par ‘arrêter’ on signifie continue d’acheter ‘seulement’ les obligations d’États qui arriveront à échéance…Il ne faut donc pas s’attendre à une réduction drastique des bilans des banques centrales.

C’est un peu comme si on décidait d’arrêter de boire du vin, en spécifiant quand même que lorsqu’on arrive à la fin d’une bouteille de bourgogne on peut en prendre une autre.
Donc oui il va y avoir une pression haussière sur les taux (long) quand les banques centrales mettront un terme progressif à l’assouplissement quantitatif (on a tous en tête le graphique effrayant qui montre la corrélation parfaite entre le bilan de la FED et l’indice action américain S&P500) et sur les taux courts quand elles augmenteront, dans un second temps, les taux directeurs.

Mais de là à imaginer des hausses de taux drastiques il y a un pas de géant que ne franchiront certainement jamais les banques centrales influentes (Fed et BCE). Quand certains analystes envisagent 6 hausses des taux au Canada dès la fin du 1er semestre 2022, cela n’a aucun impact sur le marché international. Si le consensus envisage la même chose aux États-Unis ou en Europe par contre, ça serait un bain de sang. Bain de sang sur les obligations (l’effet duration + l’effet crédit) et sur les valorisations actions (dans un premier temps) ne serait que par le biais de l’actualisation des cash-flow. Mais une hausse des taux entraînerait surtout des conséquences importantes en matière de politique budgétaire des États. Avec des taux proches de zéro, la charge de la dette est déjà pour de nombreux pays le 1er poste de dépense budgétaire…(sans commentaire), imaginons alors avec la multiplication des dettes ‘pandémies’ la situation budgétaire.

S’il n’est pas du tout exclu qu’un jour certaines dettes d’États soient effacées (parce que par exemple elles seraient détenues par la banque centrale…on ne rit pas ! l’Hélicoptère money était un thème réservé à des illuminés et c’est devenu une réalité durant la pandémie. Dans le même esprit l’administration Biden a tenté de supprimer tout ou partie de la dette étudiante !) il reste qu’à l’heure actuelle les répercutions d’une hausse des taux violente et mal ‘amenée’ (la fameuse forward guidance de la FED) ne sont pas gérable. C’est l’avantage de l’aléa moral de cette situation. C’est le fameux ‘put perpétuel’ de la FED. Et la conséquence pour le marché, c’est que l’investissement par défaut sur les actions restera d’actualité

Publié le 03.11.2021, par :
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