Et si la normalisation devenait enfin une priorité humaine avant d’en être une monétaire ?

Publié le 14.03.2022, par :
O A
Olivier Armangau

Chaque semaine, Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Nouvelle semaine de malaise profond face à la situation ukrainienne. Malaise renforcé par le positionnement stratégique des « alliés » qui ne peuvent que privilégier un soutien indirect à l’Ukraine par crainte, dramatiquement légitime, d’une expansion de ce conflit. L’épisode du transfert des avions de combat de la Pologne vers l’Ukraine, est certainement la meilleure illustration. Il nous montre aussi toute la ‘faiblesse’ d’une nation ou d’un ensemble de nations de droit qui tente de régler un différend avec des réflexes démocratiques alors que l’adversaire s’en affranchit totalement. Le porte-parole du Pentagone, John Kirby a ainsi déclaré que « Nous jugeons que l’ajout d’appareils à l’inventaire ukrainien n’est pas susceptible de changer de manière importante l’efficacité de l’armée de l’air ukrainienne vis-à-vis des capacités russes ». À peu près tout le contraire de ce que clame le président ukrainien. Derrière cette justification malheureuse, il y a surtout la crainte, toujours relayée par monsieur Kirby, que ce transfert d’avion polonais à l’Ukraine, puisse être « perçu comme une surenchère et pourrait entrainer une réaction russe importante qui augmenterait la perspective d’une escalade militaire avec l’OTAN ».

https://images.bfmtv.com/IDm3ipPnw45S3sOUx7M9GA35GZA=/0x53:1024x629/640x0/images/1356659.jpg

Les propos gauches, embarrassés, empruntés du président français à l’issue d’un sommet de chefs d’État et de gouvernement de l’union européenne à Versailles, excluant une procédure d’adhésion avec un pays en guerre, ne font que renforcer ce malaise. Et quel contraste en le faste de Versailles et la détresse d’un pays qui tente en vain d’impliquer les alliés pour simplement sauver son avenir.
Le cruel sacrifice de l’Ukraine, est à l’heure actuelle la destinée la plus dramatique qui se dessine.

Entre volonté de cessez-le-feu feinte, mépris pour les populations civiles, nouvelles menaces apocalyptiques russes, nouvelles sanctions économiques de la part du ‘bloc occidental’ (avec notamment des tarifs douaniers), chasse aux sorcières médiatique et symbolique des oligarques, volatilité sur les matières premières (suspension des transactions sur le nickel mardi, la marque de USD 100 000 atteinte dans la journée), nouvelle confirmation de la poussée inflationniste aux États-Unis, normalisation de la politique monétaire en Europe, la semaine écoulée fut bien singulière, une fois encore.

Alors qu’il y a un mois (autant dire une vie entière pour des marchés qui passe d’une ‘certitude’ à son contraire en quelques jours), Madame Lagarde, qui s’était fait un point d’honneur de ne pas emboiter le pas à la FED sur l’inflation, indiquait malgré tout que les risques inflationnistes étaient finalement orientés à la hausse, mais que « tout ajustement de notre politique (serait) progressif », voilà que jeudi la patronne de la BCE a annoncé que la lutte contre l’inflation était sa priorité et que le soutien à l’économie serait réduit plus vite que prévu.

https://images.bfmtv.com/22qemZbVh_OV_3PCl7TQ6Xx80KA=/0x47:720x452/640x0/images/Christine-Lagarde-previent-d-une-possible-poussee-inflationniste-1135963.jpg

C’est toujours curieux de constater de tels revirements, surtout sur un sujet, la politique monétaire, dans lequel les variations des agrégats économiques sont plutôt très graduels.
Donc après avoir fait semblant de croire au caractère transitoire de l’inflation, le marché est maintenant surpris par les annonces de la BCE.

Au programme, projection d’inflation à 5.1% contre 3.2%, accélération du retrait des achats de dette du Programme d’Achat d’Actif (il passera de 40 milliards en avril à 20 milliards en juin, contre octobre initialement prévu).

Également, le programme d’achat d’actif d'EUR 1850 milliards, le PEPP (Pandemic emergency purchase programme) cessera, comme prévu, en mars. Sur les taux cependant, même si l’inflation semble devenir une préoccupation majeure pour l’institution, le propos est ambigu.

Si contrairement aux annonces précédentes, la hausse des taux n’interviendra plus automatiquement après l’arrêt des achats de dettes, Madame Lagarde indique que la hausse pourrait avoir lieu soit « la semaine suivante » soit « des mois plus tard ». Ah ben en matière de ‘forward guidance’ c’est super utile hein !

Bref… Les marchés n’ont pas du tout aimé, jeudi, le ton jugé plus faucon de la BCE qui semble plutôt se concentrer sur l’inflation que sur la dégradation des perspectives économiques. Sur le marché des changes, si l’Euro a ‘profité’ du ton de la BCE, c’est finalement là aussi, la dégradation des perspectives économiques qui semble avoir pris le dessus, impactant à la baisse la devise contre USD. USD qui continue de bénéficier des 6 à 7 hausses de taux toujours anticipées

Au 18ᵉ jours de la guerre en Ukraine, la volatilité sur les marchés semble se normaliser. Le Vix est en repli de 4% sur la semaine à 30.75 malgré la nouvelle glissade du S&P 500 de 2.88%, portant son repli à 11.80% depuis le début de l’année.

Une nouvelle mesure de l’inflation à 7.9% en février pèse lourdement sur le marché obligataire. L’envolée des matières premières et les anticipations inflationnistes qui en découlent ont accentué la pression sur les taux et sur la FED qui se réunit cette semaine.

À noter que le 5 ans américain a retrouvé les 2% (niveau de juillet 2019). Le 10 ans clôture de nouveau vendredi au-delà des 2%. Enfin, le 2 ans, progresse de près de 25 pb sur la semaine pour s’afficher à 1.797%.

Du côté européen, malgré les ‘inquiétudes’ sur la BCE et le drame ukrainien, l’indice large des 600 plus grandes capitalisations européennes s’inscrit en hausse de 2.23%.

Si évidemment la réunion de la FED aura une saveur particulière cette semaine (1ʳᵉ hausse des taux depuis que la FED avait réduit les taux à zéro suite à la pandémie de COVID) puisqu’elle pourrait marquer un début de normalisation monétaire et surtout être un élément de crédibilité (ne nous emballons pas non plus), c’est particulièrement l'issue des négociations qui doivent se tenir ce lundi entre l’Ukraine et la Russie qui focalisera l’attention de tous.

Fin des premiers pourparlers, Macron a parlé à Poutine et Zelensky… le  point sur la guerre en Ukraine

Bonne semaine.

Publié le 14.03.2022, par :
O A
Olivier Armangau
J'aime
Partager ce conseil
Découvrez les conseils de nos experts