Ça ressemblerait à quoi un retour à la norme ?

Publié le 31.01.2022, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Ça ressemblerait à quoi un retour à la norme ? C’est toute une semaine que nous venons de vivre !

Cela faisait longtemps que nous n’avions pas connu des journées avec autant de volatilité. Certainement, celle de lundi fut la plus explosive avec un NASDAQ perdant près de 5 % et se retournant en quelques heures pour finir en hausse de près de 0.6 %.

Mardi, presque la même histoire : forte baisse le matin, retour dans le positif pour finalement s’essouffler et finir dans le rouge prononcé.

Et mercredi ? Ben la même chose ! Après une forte hausse, le marché a jugé la Fed plus faucon qu’anticiper, et nouvelle clôture en fort repli.

Et devinez quoi… Jeudi ? On prend les mêmes et on recommence ! Hausse le matin, et on se retourne l’après-midi !

Heu et vendredi (heureusement qu’il n’y a que 5 jours de bouse dans la semaine !) ? Ben oui ! Tout pareil, mais dans l’autre sens ! Pour une clôture en très forte hausse (le marché pense à vos fins de semaine.) ! S&P 500 +2.43 % et NASDAQ +3.13 %.

Cette semaine comme les précédentes, c’est l’inflation ou plus exactement comment la FED va procéder pour la calmer. Il y avait aussi des interrogations sur le comportement de la banque centrale américaine face au marché action. Allez t’elle comme ‘d’habitude’ se précipiter au chevet de monsieur le marché ?

Jusqu’à mercredi, c’était l’incertitude et depuis mercredi et le méchant J Powell, ce sont les interprétations qui animent le marché. Une chose fait l’unanimité, pour une fois, la FED a ignoré le marché action, une pause dans l’aléa moral ça recentre les idées et ça responsabilise ! De là à s’enflammer et d’en conclure que le put de la Fed a disparu, il y a un grand pas qu’on ne franchira pas aujourd’hui.

Bref, pour certains stratèges finalement la FED était moins faucon que redouté, pour d’autres, c'est le contraire. Finalement, tout se terminera par la publication des minutes qui tenteront d’apporter de la clarté. En attendant d’y voir plus clair (On s’entend bien sur le fait que clarté et minutes de la FED ce ne sont peut-être pas les termes les plus appropriés. D’ailleurs, on se rappellera la plus belle des phrases jamais prononcé par un banquier central, Alan Greenspan 1987 à 2006 : « Si vous avez compris ce que je viens de vous dire, c’est que je me suis probablement mal exprimé !! C’était le bon temps hein !), donc je disais, en attendant d’y voir plus clair, le marché obligataire, considéré comme plus malin que le marché action dans son anticipation de la croissance future, a, lui aussi, connu une volatilité incroyable. Et c’est le 2 ans qui a stigmatisé toute la tension sur les taux, s’appréciant de près de 15 % sur la semaine. Le 10 ans quant à lui terminait la semaine sur les mêmes niveaux.

Il n’en fallait pas davantage pour que l’on ressorte des cartons la fameuse inversion de la courbe des taux (les taux court qui se retrouvent au niveau, voire au-dessus des taux longs) qui précède systématiquement ou presque une récession dans un délai de 12 à 18 mois.

Les stratégistes taux s’en sont aussi donnés à cœur joie, peut-être la proximité des Jeux Olympiques d’hiver ? La médaille pour Bank of America qui table sur 7 hausses des taux cette année, suivi de JPMorgan et Deutsche Bank, 5 hausses. Goldman table sur au moins 4 (on se garde une petite gêne au cas où.). Le consensus quant à lui table sur 5.

On essayera de s’en souvenir pour faire le bilan d'ici à la fin d’année. Mais encore une fois, même si nous avions des taux directeurs à 1.75/2% d’ici 1 an (donc 7 hausses de taux), pour une inflation aux alentours de 5 % (elle devrait ralentir même si les perturbations d’approvisionnement devraient encore peser sur l’offre et donc les prix en 2022, nous dit-on,), une croissance du PIB de 4 % et un taux de chômage à 4 % il n’y aurait rien de scandaleusement anormal ! À force de vivre dans l’opulence et l’indécence de la facilité, on semble développer des réflexes bien singuliers ! Donc quand Powell nous dit qu’il a « beaucoup de latitude pour relever ses taux directeurs sans peser sur le marché de l’emploi » forcément ça coince et la volatilité s’installe.

Blackrock et ses 9 500 milliards d’actif sous gestion, s’inscrit tout à fait dans cette logique, se permettant de mettre en garde la FED contre… Le risque de relever trop fortement les taux ! Accro à l’argent gratuit !

Laissons les grincheux de côté et continuons sur la lancée positive de vendredi.
Alors qu’il fut un temps, pas si éloigné ou une augmentation du coût de l’emploi aux États-Unis de 1 % aurait nécessité l’utilisation de défibrillateur pour ranimer le marché, vendredi (décidément quelle belle journée) la publication d’une hausse de 1 % au 4e trimestre après 1.3 % au trimestre précédent s’est transformée en une bonne nouvelle. Que la hausse annuelle soit de 4 % (ce qui évidemment va contribuer à la pression haussière de la demande et donc de l’inflation comme variable d’ajustement) la plus forte depuis 20 ans n’est pas un sujet. Non ! Le marché est content parce qu’il anticipait davantage ! Et Finalement une inflation PCE à 5.8 %, c’est désormais dans les prix depuis vendredi après-midi.

Retenons aussi que malgré les perturbations de la chaîne d’approvisionnement Apple sort des résultats exceptionnels dans chacune de ses divisions (matériels et services). Ça détonne d’autant plus que jusqu’à présent, les fameuses perturbations de la chaîne d’approvisionnement sont systématiquement associées à des résultats de moins bonnes factures ! Une preuve supplémentaire que le modèle économique d’Apple est vraiment robuste. Le marché attendait 1.89 dollars de bénéfice par action, c’est finalement 11 % de plus à 2.10. 11 %, c’est aussi la hausse du chiffre d’affaires à 124 milliards.

Preuve que l’on peut innover et continuer de générer de la trésorerie (désormais plus de 200 milliards de cash). Remporter l’adhésion des clients par une innovation réelle ou perçue, travailler sur l’attractivité des produits et l’élargissement de l’offre peut aussi se faire sans brûler du cash. La marge brute de 45 % doit en agacer certains !
Dernier point sur Apple. La société travaillerait depuis 2 ans sur une solution permettant, à même le téléphone, d’effectuer un payement en y ‘tapant’ sa carte bancaire. Pas la meilleure des nouvelles pour Block, l’ancien Square (en baisse de 32 % sur l’année et 57 % en 3 mois) et son Square Reader.

Visa aussi nous a sorti des résultats de grandes factures (+10 % vendredi), montrant que, oui Monsieur, il y a aussi une vie après la Covid. Et c’est d’ailleurs la reprise plus rapide que prévu des dépenses liées aux voyages internationaux ainsi que la forte croissance du commerce en ligne qui permettent aux revenus nets de s’afficher à 7.06 contre un consensus à 6.79. Même optimisme du côté de MasterCard et Amex.

Finalement, ce vendredi après-midi faisait du bien. Même l’Ukraine disparaissait des écrans des négociateurs. Quant à savoir si le rebond sera durable…
Bonne semaine.

Publié le 31.01.2022, par :
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Olivier Armangau
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