BCE, FED, « Paroles, paroles »

Publié le 20.12.2021, par :
O A
Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Quand on parlait de la politique monétaire de la BCE à l’époque de Jean-Claude Trichet (2003 à 2011) on pouvait souvent lire ‘droit dans ses bottes’. L’austérité n’était pas un gros mot, et l’alignement de la pensée monétaire avec l’Allemagne n’était pas encore considéré comme un crime de lèse-majesté. Il fut même déclaré personnalité de l’année en 2007 par le Financial Times. Mais ce que le marché retiendra de lui, c’est surtout son obsession à la lutte contre l’inflation et sa controversée hausse des taux d’intérêt en juillet 2008 et en avril 2011 durant les crises des subprimes et de la dette européenne.

Aux antipodes, évidemment, des comportements actuels (depuis 10 ans donc) ou les banquiers centraux rivalisent d’ingéniosité pour soutenir les marchés. Pas la peine de répéter les mêmes choses chaque semaine.

Pourquoi donc parler de Monsieur Trichet alors ? Parce que madame Lagarde, elle aussi reste droite dans ses bottes. À la façon du moment bien sûr, c’est-à-dire sans contrarier le ‘pauvre’ marché, trop bien habitué qu’il est à être choyé, chouchouté, cajolé, BREF. Par péché d’orgueil (pour ne pas s’aligner sur les annonces de la FED et la banque d’Angleterre) ou par conviction profonde, la présidente de la BCE nous a donc servi jeudi que l’inflation était bel et bien transitoire et que, « dans les circonstances actuelles, comme je l’ai déjà dit (ben dis donc Christine, tu t’énerves ?), il est très peu probable que nous augmentions les taux d’intérêts en 2022 »

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Pour justifier son propos, elle a mis en avant le décalage des cycles économiques, indiquant que les « trois économies (Etats-Unis, Angleterre, et Europe) sont à des stades complétement différents de leur cycle ». Les mauvaises langues se diront qu’effectivement depuis que le monde économique existe, les statistiques de croissance européennes n’ont de croissance que le nom, mais évidemment, ce n’est pas le sens du propos de Madame Lagarde. Donc dans une économie globalisée, ou les mêmes causes produisent les mêmes conséquences, nous apprenons que l’Europe est à un stade complétement différent du cycle économique. Il aurait été intéressant d’avoir plus de détail sur ce « stade » mais assurément, c’est un stade ou l’inflation ne doit pas être une préoccupation si majeure. Un peu comme en 1986 le nuage de Tchernobyl qui ne franchissait pas certaines frontières. Décidément, nous sommes dans la chronique vintage aujourd’hui.

Comme l’avait annoncé son vice-président la semaine passée, l’inflation en Europe, refluera dans le courant de l’année 2022 après avoir connu un pic. Les projections pour 2023 et 2024, font état d’une inflation stable à 1.8 %. C’était quoi déjà la chanson de Dalida et d’Alain Delon ? Ah oui « Paroles, paroles »

Il est vrai que la difficulté de la BCE, c’est que ces décisions de politiques monétaires doivent composer avec des politiques budgétaires qui évidemment ne sont pas harmonisé en Europe. La politique du plus faible dénominateur commun est donc encore et toujours la voie privilégiée.

Décidément, cette capacité que nous avons de nous adapter favorablement à tout ce qui précédemment aurait au moins suscité un peu de retenue est vraiment formidable. Donc, ‘logiquement’, une hausse des prix à la consommation de près de 7 % aux États-Unis s’est traduite par une hausse du marché, parce qu’il était conforme aux consensus… Et boooomm ! Nouveau record du S&P 500. Et donc tout aussi ‘logiquement’ l’aversion au risque disparaissant, les taux baissaient… C’est donc dans ce contexte la magie de Noel, que les annonces de la Fed (accélération du tapering et 3 hausses des taux en 2022, voire autant en 2023) ont été saluées par une hausse du marché !! Si si ! En fait, tout ceci était ‘anticipé’ par le marché et comme les annonces ont été conforme, tout va bien dans le meilleur des mondes. Ce n’est pas pour faire mon grincheux (2 fois en 2 semaines quand même) mais ce même consensus s’inquiétait il y a deux semaines d’une accélération du tapering… Hop la baguette magique d’Harry Potter. Un bel hommage pour les 20 ans du personnage.
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Pour les stratèges de marché, donc, c’est surtout le risque que la FED se trouve en retard dans sa réaction de politique monétaire (le fameux « behing the curve ») qui a été écarté par les annonces de la FED et lors de la conférence de presse. On se dit que nous avons un vrai bon pilote qui agit parfaitement à propos pour lutter contre l’inflation.

Ça permet de ne pas accorder trop d’importance aux nouvelles tensions commerciale entre la Chine et les Etats-Unis (résolution adoptée par la chambre des représentants le 9 décembre restreignant l’importation de produits fabriquées au Xinjiang pour condamner le travail forcé) ni à la bonne blague de Poutine.

Ce dernier, veut imposer des règlements au sein de l’OTAN, dont la Russie, évidemment, n’est pas membre, afin d’empêcher le déploiement d’armée de l’OTAN près des frontières russes. Les 100 000 soldats russes à la frontière ukrainienne vont évidemment servir de marchandage.

Qu’il est cocasse d’entendre que l’OTAN et les pays européens ne respectent pas leurs obligations de la part d’un pays qui a annexé la Crimée en 2014 en toute impunité ou presque, si ce n’est de belles gesticulations politiques et quelques sanctions financières (sans effet, parce qu’évidemment, c’est la population qui en fait les frais). Et c’est bien là la faiblesse de « l’occident ».

Se draper dans une vertu démocratique qui en devient caricaturale, pour au mieux satisfaire des opinions publiques, n’a malheureusement aucune conséquence concrète sur des situations géopolitiques tendues. Le poids de la responsabilité morale d’aller jusqu’au bout de ses convictions démocratiques, ne pourra jamais être assumée envers des pays comme la Russie ou la Chine. Les enjeux humains dans un cas et économiques dans l’autre sont à ce point cruciaux, que la réponse des « démocraties » se résumera, encore, à de la gesticulation et des manifestations d’éloquence.

Bonne semaine et beau temps des Fêtes à tous,

On se retrouve en janvier

Publié le 20.12.2021, par :
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Olivier Armangau
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