L’incertitude de retour sur les marchés ?

Publié le 24.01.2022, par :
O A
Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

Vivement mercredi !

La prochaine réunion de la FED, cette semaine, va être un test intéressant. Pas nécessairement pour être fixé sur le calendrier de la hausse des taux, mais plutôt pour voir, si une fois de plus la baisse du marché va s’inviter dans l’équation.

Marchés, qui, depuis l’audition de nomination de Powell devant le sénat il y a 10 jours, audition durant laquelle il s’est montré un peu plus ‘faucon’ que d’habitude, sont tout à coup très préoccupés par le resserrement des taux et la réduction du bilan de l’institution.

Et comme à chaque fois, ils ne se focalisent que sur les éléments qui confirment la pensée du moment, à savoir une FED qui serait devenue tout à coup trop agressive. Donc après avoir projeté 4 hausses des taux, puis 5, voire 6, il fallait trouver un ressort plus dramatique. Désormais, c’est une hausse de 50 points de base qui pourrait (Ah le conditionnel… Meilleur ami du marché) survenir dès mars.

Vivement mercredi, que l’ami Powell siffle la fin de la partie lors de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed. Il s’emploiera à apporter de la visibilité, soit pour calmer les inquiétudes quant au rythme de hausse que ‘price’ le marché, soit pour les confirmer. Dans un cas comme dans l’autre, cela mettra un terme (temporaire) à l’incertitude.

Le président Biden reconduit Jerome Powell à la tête de la Fed |  Radio-Canada.ca

Par le passé, il a fait montre de sa capacité de communicateur, gageons qu’il aura à nouveau les mots que veut entendre le marché.

Il devra aussi composer avec le politique. L’inflation devenant un problème de société, le président Biden en situation délicate 1 an après son investiture, refile la patate chaude à la FED, en déclarant que c’était la banque centrale qui était chargée de maîtriser l’inflation.

Il a également souligné qu’il soutenait la décision attendue du président de la Fed de commencer à resserrer la politique monétaire et de mettre fin aux mesures d’argent facile. Voilà ! Et j’oubliais, il a aussi souligné que la FED était indépendante, bien entendu.

L’incertitude, est donc de retour sur les marchés.

Elle pèse particulièrement sur les sociétés technologiques et les valeurs de croissances. Ces dernières continuent, depuis la mi-novembre, d’être ‘victimes’ de la nouvelle pensée unique. Elles ont des besoins de financement importants pour maintenir leur rythme de croissance et donc la normalisation monétaire aura un impact important sur leur résultat, nous dit-on.

Encore une fois, il ne pourra être question de normalisation monétaire au vrai sens du terme. L’endettement ainsi que les besoins de financements futurs sont tels, qu’il est impensable d’envisager une ‘vrai’ normalisation. Mais plaçons-nous dans une optique, certainement très réaliste, de 6 hausses des taux, à raison de 25 points de base chacune, soit un gros 1.5 % d'ici à 18 mois.

Si une hausse du coût de la dette de 1.5 % met en péril une société de croissance ou une société technologique que le marché valorisait encore il y a peu entre 50 et 300 fois les bénéfices, c’est que peut-être le modèle économique de ladite société doit être questionné.

Bref… Les marchés clôturent la semaine encore en baisse et la volatilité (le vix) s’apprécie de 50 %. A 4397 à la clôture de vendredi, le S&P 500 est désormais 10 % en dessous de l’objectif médian du consensus, avant que les révisions ne soient faites…

Et bien sûr comme l’état d’esprit a changé, on ressort certain des thèmes favoris du ‘wall of worry’, dont tout le monde ou presque se contrefichait il y a peu.

Alors que depuis des semaines, la question ukrainienne était un simple bruit de marché, voilà que l’on se préoccupe des sanctions économiques (un nouveau camouflet pour la communauté internationale) que pourraient se voir infliger la Russie en cas d’invasion de son voisin et de ses répercussions économiques pour l’Europe. Dans le même esprit, la baisse des taux à 2 reprises en 1 mois, de la banque centrale chinoise fait ressurgir les craintes d’un essoufflement plus marqué que prévu de sa reprise économique.

Dans un environnement de nouveau averse au risque, les propos de la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen plutôt optimiste (comme Christine Lagarde) sur le niveau d’inflation qui pourrait revenir vers les 2 % d'ici à la fin d’année, n’ont eu aucun écho.

Il est vrai que son message manquait peut-être un peu de conviction. Elle indiquait, lors d’une entrevue sur CNBC qu’il y avait beaucoup d’incertitude quant au retour de l’inflation vers les 2 %, et que cela relevait plutôt de l’espoir que de la conviction…

Bonne semaine.

Publié le 24.01.2022, par :
O A
Olivier Armangau
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