2022, comment se déroule ce début d'année

Publié le 17.01.2022, par :
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Olivier Armangau

Chaque semaine Olivier Armangau, décrypte pour Neofa l'actualité financière.
C’est la passion pour les marchés financiers qui a orienté la carrière d’Olivier. De la gestion privée à ses débuts en Suisse à la gestion de fonds de placement au Canada, Olivier s’est employé à rendre accessible des concepts et des produits financiers pour ses clients. Les interrogations constructives et challenger des dogmes de marché sont des motivations quotidiennes.

À défaut de normaliser la politique monétaire, normalisons son discours.

Ce début d’année s’inscrit dans la continuité de la fin 2021 : de la volatilité engendrée par les tensions sur les taux. La publication de l’indice des prix à la consommation américains au plus haut depuis 40 ans, 7 % de décembre à décembre, frappe les esprits.

C’est aussi du pain béni pour l’opposition républicaine qui reproche forcément à l’administration Biden une politique trop expansionniste. C’est oublier un peu vite (mais c’est aussi la règle numéro 1 en politique non ?) bien entendu que c’est aussi cette générosité budgétaire couplé à des taux ridiculement bas, qui a contribué à renforcer l’effet de richesse aux États-Unis (hausse du marché et hausse du patrimoine immobilier) et qui a permis aux revenus disponibles de s’accroître considérablement.

À titre de comparaison, quand en 1982 l’inflation était à 7 %, les taux 10 ans étaient à 13 % (1.79 % aujourd’hui), le taux de chômage à 10 % (3.9 % aujourd’hui) et le PIB en baisse de 1.8 % (2.5 % estimé pour 2022). La tache était autrement plus compliquée pour la banque centrale.

À l’image du patron de JPMorgan, qui lors d’une entrevue sur CNBC a indiqué que les hausses de taux seraient supérieures à 4 cette année, la majorité des stratèges et économistes de marché tablent sur au moins 3 hausses.

Le patron de JPMorgan en passe de battre le record de rémunération à Wall  Street | Les Echos

Qu’ils parient sur 3, 4 ou 5, voire 6 hausses des taux, tous sont unanimes pour dire que l’impact sera largement absorbable par l’économie. De plus, le consensus table également sur un retour vers les 3 % d’inflations fin 2022. Pas de quoi s’alarmer. D’autant plus que l’an dernier, la hausse du marché ne s’est pas faite ‘que’ grâce à la liquidité de la banque centrale. C’est la croissance des bénéfices par action qui a tiré le marché contrairement à 2020 ou la hausse des marchés s’était traduite par une expansion des multiples.

Alors, oui, cette tension sur les taux continue de peser sur certaines valorisations (les plus élevées évidemment) par le biais de l’actualisation des cash-flows futurs. Et la préoccupation affichée à l’égard de l’inflation devant la commission du Sénat par Madame Brainard n’a pas aidée.

Il est quand même assez singulier de noter que depuis que le qualificatif ‘temporaire’ a été retiré du discours de la FED en décembre, il est désormais de bon ton d’être très pessimiste sur l’inflation. Les différents présidents des Feds régionales, se sont aussi fait plaisir ces derniers jours, appelant à un durcissement rapide de la politique monétaire. Mais finalement, a défaut de pouvoir normaliser la politique monétaire, le discours lui apporte enfin des sujets plus traditionnels. Désormais, on se concentre sur la vigueur de la croissance, les risques d’inflation durables, la transmission sur les salaires. Ça fait quand même du bien d’entendre ça !

A Preview of the Fed Meeting - The New York Times

Il est évident que pour l’économie américaine même une hausse de 150 points de base (6 hausses des taux quand même) sur 18 mois serait gérable. Mais si le marché commence à se persuader qu’elle serait plus rapide, la psychologie pourrait s’en trouver profondément modifiée.

Pour le moment, on assiste simplement à une correction sur les titres technologiques fortement valorisés et la rotation sectorielle se poursuit également en faveur de la value. Sur 1 mois les moyennes de capitalisations américaines ‘croissance’ accusent un repli de près de 8 % alors que les ‘value’ sont à l’équilibre. Le constat est identique pour les actions mondiales.

On peut imaginer que d’ici à la 1re hausse des taux (mars a priori) le marché affichera sa nervosité lors de chaque indicateur d’emploi et d’inflation. Le début de la saison des résultats (perception mitigée sur les bancaires Américaines aujourd’hui alors qu’une hausse des taux sera plutôt un point positif pour la reconstitution des marges.) apportera aussi de la volatilité, particulièrement quand les valorisations ‘pricent’ l’excellence.

Dans le contexte actuel, il est certain que la moindre déception sera sanctionnée lourdement.

Malgré des ventes de détail pour décembre en baisse de 1.9 % (le consensus attendait une baisse modeste de 0.1 %.) une baisse de la production industrielle (là aussi moins, moins bien qu’attendu) et une légère détérioration de l’indice de confiance des consommateurs (encore inférieur au consensus) la consommation des ménages (2/3 de la croissance du PIB) reste sur des niveaux exceptionnels.

Et ‘grâce’ aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement, les niveaux d’inventaires sont si bas, que leur recomposition contribuera significativement à la croissance du PIB.

N’oublions pas non plus qu’en dépit de la posture de la FED la normalisation monétaire est une gageure. Les USD 296 000 milliards de dettes mondiales ne pourraient pas s’en accommoder. Les hausses de taux seront marginales.

Et c’est finalement là tout le paradoxe. Le marché se stresse un peu, la volatilité augmente, comme pour se rassurer sur le fait qu’il a encore quelques choses de ‘naturel’ dans sa relation avec l’environnement économique, mais chacun comprend que ces rares moments de lucidité sont devenus l’exception et le resteront longtemps, finalement à la plus grande satisfaction de tous, ou presque.

Bonne semaine.

Publié le 17.01.2022, par :
O A
Olivier Armangau
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